Les invalides

RALLYE DES INVALIDES

Paris le 11 février 1915

Ma très chère Euphrasie

Me voici alité, depuis plusieurs jours, à l’hôpital des invalides, sans pouvoir me rappeler combien de temps s’est  écoulé depuis la terrible explosion qui s’est produite au front lorsque j’étais avec mes camarades. Par chance j’étais assez éloigné de l’impact, mais j’ai quand même reçu de la mitraille à travers tout le corps, si bien que j’ai des blessures un peu partout.

Ma très chère je dois te dire que j’ai laissé là bas, au fond de la tranchée, des Hommes sans vie, mais j’y ai aussi perdu l’ouie. En effet depuis cette déflagration je n’entends plus rien. Le chirurgien m’a écrit sur une ardoise que je resterais sourd jusqu'à la fin de mes jours. Je l’avais déjà compris par moi-même.

Allongé sur mon lit, les journées sont longues, le silence est dur à supporter. Etre sourd comme une pierre comme l’on dit au pays, quel calvaire. Mais ce n’est rien comparé à d’autres soldats autour de moi. Certains de mes voisins de chambre ont la gueule cassée, ou sont amputés d’un bras voire des deux, d’autres des membres inférieurs. C’est terrible de voir tant de gâchis humain. J’espère que cette guerre va vite se terminer.

 

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